C'est après avoir pris la pire route (d'ailleurs pourquoi ça s'appelle une route?) que j'arrive à San Augustin. J'y reste deux nuits, hébergé par Mathias et sa belle-famille. Ils vivent sur les hauteurs de la ville dans le quartier populaire, surnommé "le quartier des miracles" pour la bonne et simple raison que "tout ce qui disparaît en bas, réapparaît en haut".
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| Bob l’Éponge au VIeme ap JC |
San Augustin possède un parc archéologique récemment classé Patrimoine Mondial de l'Humanité. Ce site précolombien recense des statues de roche volcanique, uniques vestiges d'une énième civilisation mystérieusement disparue. On retrouve des stèles représentant des Chinois, Romains et autres peuples du monde, avec qui on suppose que des échanges commerciaux aient été réalisés. Découvertes intéressantes pour moi, à approfondir. S'ensuit une balade à cheval pour accéder au Canyon de la Chaquira. Je me sentais possédé par l'esprit de Lee Van Cliff, au galop, la moustache au vent. J'avais trop la classe et mal aux fesses.
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| Canyon de la Chaquira |
La veille de ma venue un malheur est survenu au quartier. Un jeune est mort, en l'espace de deux jours, de ce qu'on suppose être une dégénérescence de la dengue. Il travaillait fréquemment dans la forêt amazonienne et à 29 ans il laisse une épouse et une fille. J'ai pu observer que la mort faisait partie de la vie et qu’elle est présente au quotidien. Disons que les chances de mourir sont multipliées : les routes dangereuses, un travail risqué, un coup de machette mal placé, des maladies difficilement curables... La mort n'est pas marginalisée ou taboue, elle est présente au quotidien au même titre qu'une naissance par exemple.
Un cortège funéraire a été organisé du centre-ville jusqu'au cimetière. Un taxi a été loué, deux énormes enceintes installées dans le coffre ouvert, diffusant à fond de la musique ranchera en hommage. Toute la communauté est présente, les amis se relayant pour porter le cercueil. Ce moment était très émouvant et poignant. La famille, très entourée, a été d'une grande dignité. J'ai été très frappé par la grande solidarité qui s'est dégagée. C'est le quartier qui a perdu un de ses enfants.
Je quitte la cérémonie au moment de la mise en terre du cercueil, toujours sur des airs de musique nord-mexicaine diffusés à plein volume. Ma route se poursuit vers l'Equateur. Je ne remercierais jamais assez tout le monde à San Augustin. La manière dont j'ai été accueilli dans cette famille était comme si j'en avais été un membre. Moins les gens possèdent, plus il partagent, et cette simple équation s'inscrit dans une pure normalité. Une nouvelle leçon d'humilité durant ce voyage.
Je n'ai toujours pas réglé mon problème de clandestinité. Je me suis renseigné auprès de la police, elle s'en fout. J'ai alors eu les services d'immigration au téléphone qui m'ont dit d'aller directement à la frontière puisque je compte quitter le pays.
J'arrive au poste frontière d'Ipiales. Je dois payer une amende de 150 US$. Comme c'est dimanche, je dois attendre le lendemain que les banques soient ouvertes pour le règlement administratif. Je rappelle le service concerné à Bogotá qui me confirme la chose. Mon autre option serait de retraverser la Colombie et de revenir. Ce qui coûterait autant... Je retourne voir le douanier avec tout mon aplomb pour lui demander s'il n'y aurait pas une autre solution qui arrangerait tout le monde. Après tractations, je serre la main du représentant de l'ordre avec 50 US$ qui transitent d'une paume à l'autre. Voici mon passeport estampillé, ce qui me permet de quitter la Colombie.
Hémisphère sud me voici!
A la revoilure pour de nouvelles aventures.




