lundi 28 février 2011

Clando part II.


C'est après avoir pris la pire route (d'ailleurs pourquoi ça s'appelle une route?) que j'arrive à San Augustin. J'y reste deux nuits, hébergé par Mathias et sa belle-famille. Ils vivent sur les hauteurs de la ville dans le quartier populaire, surnommé "le quartier des miracles" pour la bonne et simple raison que "tout ce qui disparaît en bas, réapparaît en haut".


Bob l’Éponge au VIeme ap JC
San Augustin possède un parc archéologique récemment classé Patrimoine Mondial de l'Humanité. Ce site précolombien recense des statues de roche volcanique, uniques vestiges d'une énième civilisation mystérieusement disparue. On retrouve des stèles représentant des Chinois, Romains et autres peuples du monde, avec qui on suppose que des échanges commerciaux aient été réalisés. Découvertes intéressantes pour moi, à approfondir. S'ensuit une balade à cheval pour accéder au Canyon de la Chaquira. Je me sentais possédé par l'esprit de Lee Van Cliff, au galop, la moustache au vent. J'avais trop la classe et mal aux fesses.



Canyon de la Chaquira

La veille de ma venue un malheur est survenu au quartier. Un jeune est mort, en l'espace de deux jours, de ce qu'on suppose être une dégénérescence de la dengue. Il travaillait fréquemment dans la forêt amazonienne et à 29 ans il laisse une épouse et une fille. J'ai pu observer que la mort faisait partie de la vie et qu’elle est présente au quotidien. Disons que les chances de mourir sont multipliées : les routes dangereuses, un travail risqué, un coup de machette mal placé, des maladies difficilement curables... La mort n'est pas marginalisée ou taboue, elle est présente au quotidien au même titre qu'une naissance par exemple.

Un cortège funéraire a été organisé du centre-ville jusqu'au cimetière. Un taxi a été loué, deux énormes enceintes installées dans le coffre ouvert, diffusant à fond de la musique ranchera en hommage. Toute la communauté est présente, les amis se relayant pour porter le cercueil. Ce moment était très émouvant et poignant. La famille, très entourée, a été d'une grande dignité. J'ai été très frappé par la grande solidarité qui s'est dégagée. C'est le quartier qui a perdu un de ses enfants.

Je quitte la cérémonie au moment de la mise en terre du cercueil, toujours sur des airs de musique nord-mexicaine diffusés à plein volume. Ma route se poursuit vers l'Equateur. Je ne remercierais jamais assez tout le monde à San Augustin. La manière dont j'ai été accueilli dans cette famille était comme si j'en avais été un membre. Moins les gens possèdent, plus il partagent, et cette simple équation s'inscrit dans une pure normalité. Une nouvelle leçon d'humilité durant ce voyage.

Je n'ai toujours pas réglé mon problème de clandestinité. Je me suis renseigné auprès de la police, elle s'en fout. J'ai alors eu les services d'immigration au téléphone qui m'ont dit d'aller directement à la frontière puisque je compte quitter le pays.

J'arrive au poste frontière d'Ipiales. Je dois payer une amende de 150 US$. Comme c'est dimanche, je dois attendre le lendemain que les banques soient ouvertes pour le règlement administratif. Je rappelle le service concerné à Bogotá qui me confirme la chose. Mon autre option serait de retraverser la Colombie et de revenir. Ce qui coûterait autant... Je retourne voir le douanier avec tout mon aplomb pour lui demander s'il n'y aurait pas une autre solution qui arrangerait tout le monde. Après tractations, je serre la main du représentant de l'ordre avec 50 US$ qui transitent d'une paume à l'autre. Voici mon passeport estampillé, ce qui me permet de quitter la Colombie.

Hémisphère sud me voici!
A la revoilure pour de nouvelles aventures.


mardi 22 février 2011

Clando part I.

C'est avec un certain enthousiasme que je retourne en Colombie. J'ai la sensation de quitter le Vénéz' trop tôt. La route est plus forte et j'ai "la fin du monde" à rejoindre.


Je monte dans un bus qui doit me laisser au poste frontière sous 4 ou 5 heures. Endormis, je me fais réveiller par un monsieur qui, le sourire aux lèvres, m'indique que nous sommes arrivés. Mais arrivés où? En Colombie! Pas d'arrêt au service de douane à la sortie du Venezuela, idem à l'entrée de la Colombie. Me voilà clandestin et le dernier bus pour Bogota part dans quinze minutes. Tant pis, je ne fais pas marche arrière, on verra bien.

Il faut savoir que je suis proche d'une zone dite de guérilla, disons que la route est en plein dedans. De ce fait, les contrôles de police ou militaires sont fréquents. J'applique une vieille tradition familiale qui veut que si on se retrouve clandestin dans un pays étranger on prie Sainte-Rita. A peine sorti de Cúcuta (cf google map), contrôle des pièces d'identité. La policière prend mes papiers, vérifie que ce soit bien moi, elle me sourit: "Ah Frances, gracias Sebastiàn". Big up Sainte Rita! Sans embuche, je passe un second puis un troisième contrôle. Arrive le quatrième, il doit être 6:00 du mat'. Le militaire a du être recruté au faciès "Toi tu as une tête de bidasse, va faire tes classes." (un Stéphane Ruffier latino). Il remarque que je ne suis pas en règle et me demande des explications. Je fais le naïf, il me regarde d'un air dépité à souhait puis me rend mon passeport. Je bade Sainte-Rita!


Musée de l'or
Parure à la mode lors de
la collection été-automne de 1432




















Rue dans la Candelaria

De Bogota je n'aurais pas vu grand chose. Je ne m'y suis pas attardé. Le temps de revoir Giulio un pote italien ainsi que ses amis colombiens. Le quartier historique de la Candelaria, le fameux musée de l'or (mesdemoiselles et mesdames, des commandes?). Juste quelques rencontres, où chacun me raconte comment il s'est fait braqué avec violence. Je me rends compte que je suis le seul à m'être fait voler par un geek et un PC. Les autre voyageurs on tous des histoires à l'arme blanche ou armes à feu. Je me contente de la mienne sans problème, alalalala la Colombie.



Popayán

Renault 12 blanche, mon ex, 4L bleue
Toujours sans papelards, je continue ma route vers Popayán petite ville coloniale où il ne se passe pas grand chose. En revanche c'est très choli!! Ce sera mon point de départ pour rejoindre San Augustin et Mathias, le plus colombien des toulousains, à moins que ce soir l'inverse.






A la revoilure pour de nouvelles aventures.

Bonus Track: 

samedi 12 février 2011

Venez' Papi!

Retour par la case Toulouse où j'ai fait le plein de famille, de copainGs et de canards. Je devrais partir plus souvent et faire des retours surprises... plus souvent. 

Je n'ai que l'embarras du choix pour m'installer
J'arrive au Venezuela où je prends +30 degrés d'amplitude thermique dans les dents. Croyez-moi c'est bien mieux que l'inverse. Je ne perds pas une seconde, et après quelques heures de sommeil sur le banc d'un fast-food de l'aéroport Simon Bolivar, direction la cote Caraïbe à Puerto Colombia. Pour être honnête, je n'y fais pas grand chose si ce n'est m'adapter au décalage horaire, manger du poisson, et me baigner. 


Me voici ensuite à Caracas. Par l'autoroute on voit les bidonvilles, constructions sauvages en taule sur les hauteurs de la capitale. La j'y suis! La seconde ville la plus dangereuse du monde avec ses 130 meurtres/ 100 000 habitants (en 2009). Comme je n'ai pas envie de me mettre en scène comme Marc de la Villardière, j'élis domicile dans un quartier tranquille de Caracas. Je suis chez Luis Felipe, dans une coloc' de cinq étudiants où nous vivons à huit dans un T4 au vingt-quatrième étage de la Tour A de Sucre - Los Dos Caminos. 

Caracas de nuit

Parler du Venez' sans évoquer Hugo Chavez serait comme parler du Venez' sans évoquer... la salsa. J'y viendrai. Le leader du Partido Socialista Unido de Venezuela (PSUV) est le président élu depuis 1998. Porteur d'espoirs pour beaucoup avec des réformes sociales importantes, il est aujourd'hui nettement plus contesté. J'ai ressenti une certaine lassitude de la part des personnes que j'ai pu rencontrer. Il y a les jeunes tout d'abord qui avaient tout juste 10 ans lors de la première élection de Chavez. Ils n'ont connu que lui. A cela s'ajoute l'inflation, ou la vie chère, les contrôles incessants, la grande limitation de quitter le pays (l'achat de devises étrangères est interdite, une carte visa est délivrée è titre exceptionnel), sans parler du clientélisme. La politique économique est tellement désastreuse qu'elle favorise le marché noir pour presque tout. En l'espace de quelques jours, j'avais une demi-douzaine d'idées pour faire de l'argent de cette manière. J'ai eu droit à un "Marico, podrías ser venezolano jajaja!" En gros je pourrais être vénézuélien dans la façon de penser. Je l'ai bien pris. 


Graf' sur Chavez
Je vais raisonner comme un vieux, mais j'ai beaucoup de respect pour ces jeunes. Ils ont la Force. Ils n'ont pas peur, parce qu'être faible c'est avoir peur, parce que c'est renoncer à tout ce dont on croit.. Ils ont des discours politiques très lucides et pessimistes. Ils ne veulent ni le PSUV, ni un pantin de la CIA. Comme beaucoup de latino-américains rencontrés, ils sont fiers de leur pays, de leur histoire ou de leur héritage culturel. S'ils décident de migrer c'est un non choix... comme partout dans le monde. 

Ce pessimisme ne fait pas basculer dans la négativité, bien au contraire. L'autre fierté des caraqueños c'est la danse. Leur salsa est un mélange de la cubaine, de la colombienne et de la portoricaine (ne pas remplacer salsa par cocaïne svp). C'est ce que m'a expliqué Peverly, salsera, que j'ai rencontré pour un échange linguistique español/français. Du coup, le soir, j'ai eu droit à mon premier cours "un, dos, tres...". Merci Peverly pour ta patience. C'est sur que les bars salsa ont la classe. Ils sont très festifs, pas "m'as-tu vu". L'ambiance y est chaude et bon enfant. 

Caracas, j'ai trippé. Je devais rester deux jours manière d'y faire un tour, je m'y suis attardé six jours. J'y laisse des amis que je reverrai forcément. Les Vénézuéliennes? Elles sont belles et sophistiquées. Exactement ce que j'aime. J'en achèterai une quand je serai en âge de me marier. 

Retour en Colombie pour vaincre le signe indien qui m'a fait rentrer en France. 

A la revoilure pour de nouvelles aventures! 

Bonus track: